Les relations entre les sociétés humaines et leur environnement naturel semblent atteindre aujourd’hui un seuil critique. Nous vivons un moment historique singulier, qui bouleverse à la fois les équilibres naturels d’ensemble et les conditions « naturelles » d’existence de l’humanité dans son ensemble.
Certes, la relation à la fois
nourricière et conflictuelle entre l’espèce humaine et son environnement est
aussi ancienne que ladite espèce. Depuis le temps immémorial, les hommes ont
agi sur la nature par des défrichements,
des aménagements côtiers, la domestication de certaines espèces vivantes et
l’extermination de beaucoup d’autres. Depuis le XIX é siècle, la nature agissait sur
l’homme par l’intermédiaire des climats, des régimes hydrographiques, des sols.
Mais les intermédiaires entre l’homme et la nature, ce couple indissociable,
sont longtemps restées très lentes, très progressives, très localisées aussi.[1]
Les calamités qui
frappaient les humains au 19è siècle étaient surtout d’origine naturelle. La
Révolution industrielle a marqué un basculement : désormais les menaces
allaient venir tout autant, sinon plus, des sociétés elles-mêmes. Depuis le
milieu du XXe siècle, l’homme civilisé, devenu « force géologique
planétaire » est susceptible de déclencher des réactions en chaîne le
conduisant à sa propre perte. Césure définitive dans l’histoire de l’humanité.
La pollution et la dégradation de l’environnement sont devenues un fait de
civilisation et ont acquis, à l’issue de la seconde Guerre mondiale, des
dimensions planétaires. Notre espèce violente est le mouvement global de la
nature. Avec des déchets radioactifs, elle installe des poisons dans les
écosystèmes pour des siècles, voire des millénaires. Elle modifie la
composition chimique de l’atmosphère et par là, elle influence déjà l’évolution
climatique globale. Plusieurs phénomènes prennent des dimensions inquiétantes
pour la l’existence humaine.[2]
Ainsi, les perturbations
d’Eros sont nécessaires à la vie mais « nous ne saurions réaliser tout ce
que nous désirons ». Le malaise dans la civilisation est en même temps la
condition de la vie : à chacun de livrer le combat, en personne, et de
prélever sa part de renoncement en tant que membre de la communauté. Face aux
menaces qui pèsent et dès la génération des enfants de nos enfants,
l’irréversible aura commencé, il n’y a pas, comme dans le cas d’une guerre, un
ennemi que l’on puisse rendre
responsable, car c’est nous-même qui produisons l’énergie. [3]
Cependant, ces menaces
actuelles nous les appelons des «
problèmes environnementaux humanitaires » parce qu’elles sont dues aux
activités humaines et présentent un aspect très différent, en raison notamment
de la rapidité des transformations. Les différents organismes forment les uns
avec les autres et avec environnement une sorte d’unité ou
plus exactement un système, dont les constituants se présentent comme des
communautés d’organismes adaptés aux différentes conditions de l’existence.[4]
Les hommes ne parviennent
pas à se libérer des contraintes réelles auxquelles ils se sont exposés compte
tenu de l’attentat technologique qu’ils ont
perpétué contre la nature. L’exploitation abusive de la nature par les
hommes, et en particulier par ceux de la société industrielle occidentale, a
dégénéré en habitude de vie. L’attentat technologique dont parle Jonas, c’est
justement le dynamisme du progrès technique qui apparait d’abord comme besoin
nécessaire pour l’homme ; mais en même temps comme facteur des problèmes
inédits contre la nature. [5]
Toutefois, l’homme est sûr de pouvoir
détourner la menace qui pèse sur lui. Dès aujourd’hui les savants essaient de
préciser l’incidence exacte de l’action des agents polluants sur les différents
facteurs dont dépend la vie de l’homme et s’efforcent de trouver les palliatifs
appropriés.[6]
[1]
Michel et Calliope Beaud et Mohamed LARBI BOUGUERRA, l’Etat
de l’environnement dans le monde, Paris, La Découverte, 1993, P. 23
[2]
Ib., op.cit, P.25
[3]
Ibid., P. 28
[4]
K.ANANITCHEV, op. cit., P. 4
[5]
H. JONAS, cité par C. FOPPA, Nature et
responsabilité, collection dirigée par G.HOTTOIS, p. 22
[6] K. ANANITCHEV, op. cit. , p.5

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