La division genrée des rôles est parfois perçue comme
induisant une hiérarchie. L'historienne Joan W. Scott présente cette dimension en ces
termes : « le genre est un élément constitutif de rapports sociaux
fondés sur des différences perçues entre les sexes, et le genre est une façon
première de signifier des rapports de pouvoir31. »
L'anthropologue Françoise Héritier
constate que la distinction entre féminin et masculin est universelle et que
« partout, de tout temps et en tout lieu, le masculin est considéré comme
supérieur au féminin32 » ; elle appelle cela
« la valence différentielle des sexes ». Partant des travaux de
Claude Lévi-Strauss, elle observe qu'un présupposé fondamental manque à sa théorie de l'alliance :
pourquoi les hommes se sentaient-ils le droit d'utiliser les femmes comme
monnaies d'échange ? « Sous toutes les latitudes, dans des groupes
très différents les uns des autres, nous voyons des hommes qui échangent des
femmes, et non l’inverse33. »
Selon Françoise Héritier, l'observation du monde
incluant les différences anatomiques et physiologiques conduit à une classification
binaire : « La plus importante des constantes, celle qui parcours
tout le monde animal, dont l’homme fait partie, c’est la différence des sexes.
(…) Je crois que la pensée humaine s’est organisée à partir de cette
constatation : il existe de l’identique et du différent. Toutes les choses
vont ensuite être analysées et classées entre ces deux rubriques. (…) Dans
toutes les langues il y a des catégories binaires34. » Elle constate que dans toutes
les langues, ces catégories binaires sont rattachées au masculin ou au féminin.
Par exemple, le chaud et le sec sont rattachés au masculin dans la pensée
grecque, le froid et l'humide au féminin. Or ces catégories sont toujours
culturellement hiérarchisées : « L’observation ethnologique nous
montre que le positif est toujours du côté du masculin, et le négatif du côté
du féminin. Cela ne dépend pas de la catégorie elle-même : les mêmes
qualités ne sont pas valorisées de la même manière sous toutes les latitudes.
Non, cela dépend de son affectation au sexe masculin ou au sexe féminin. (…)
Par exemple, chez nous, en Occident, “actif” (…) est valorisé, et donc associé
au masculin, alors que “passif”, moins apprécié, est associé au féminin. En
Inde, c’est le contraire : la passivité est le signe de la sérénité (…).
La passivité ici est masculine et elle est valorisée, l’activité – vue comme
toujours un peu désordonnée – est féminine et elle est dévalorisée35. »
Pour Friedrich Engels, qui a développé la théorie marxienne de la lutte des classes en analysant la famille, la relation exploitant-exploité qui
existe entre la bourgeoisie et le prolétariat s'étend au foyer, dans lequel le mari
est un autocrate : avec l'émergence de l'économie capitalistique, le travail domestique de la
femme, qui ne produit pas de surplus, n'a aucune
importance36.
Cette hiérarchie du masculin-féminin est analysée par
le sociologue français Pierre Bourdieu
comme une véritable domination masculine
socialement construite : « c'est à travers toute une éducation,
composée de rituels d'intégration de la norme masculine, que se façonne l'identité
masculine, et que l'homme assure dans la société une fonction de reproduction
de la domination »37.
Pour Isabelle Jacquet 38 ce sont les hommes qui dominent,
légifèrent, commandent, condamnent, tandis que les femmes leur sont inférieures
dans cette organisation. L'anthropologue Nicole-Claude Mathieu
parle d'androcentrisme comme
un biais concernant la non-prise en considération des rapports sociaux dans
lesquels les femmes sont impliquées39.
Genre et autres rapports de pouvoir
Article
connexe : Intersectionnalité.
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Le genre, en tant que rapport de pouvoir, ne peut être
envisagé de manière séparée d'autres rapports de pouvoir basés sur la « race », la classe sociale, la sexualité, l'âge, etc17.
Une telle approche, liant race, classe et genre, a
notamment été développée par le féminisme afro-américain à partir des années 1960 pour lequel l'explication des
oppressions raciale et de classe nécessite de prendre en compte le genre.
L'attention portée à la diversité socio-culturelle s'est répercutée notamment
en sociologie40.
Ainsi, pour l'historienne Joan W. Scott,
« on ne peut comprendre l’identification raciale indépendamment de
l’identification de genre : les deux sont construites ensemble, et chacune
renvoie à l’autre41. » Elle observe notamment dans le
discours contemporain à la colonisation de
l'Algérie des métaphores liant dévoilement et pénétration,
domination coloniale et domination sexuelle, qu'elle met en parallèle avec les
débats entourant le voile
islamique en France qui concerne l'immigration
mais se focalise sur les femmes et leur corps41.
Politique publique et genre
Le concept de genre et les recherches universitaires liées servent parfois
de base aux politiques publiques visant à réduire les inégalités entre les
femmes et les hommes. En France, l'Inspection
générale des affaires sociales note en effet que « Toutes les
politiques de promotion de l'égalité butent sur un obstacle majeur, la question
des systèmes de représentation, qui assignent hommes et femmes à des
comportements sexués, dits masculins et féminins, en quelque sorte
prédéterminés »42 ainsi « substituer à des catégories
comme le sexe […] le concept de genre qui […] montre que les différences entre
les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, mais sont
historiquement construites et socialement reproduites »43[réf. insuffisante].
De manière notable, le terme de « genre »
est ainsi intégré dans le rapport final de la conférence
mondiale sur les femmes de Pékin, organisée par l'ONU
en 1995. Il s'agit alors d'appréhender les
inégalités de manière holiste, dans une réflexion qui englobe les hommes et les
dynamiques sociales44.
La notion de genre est également utilisée par l'Organisation
mondiale de la santé, pour qui « Le mot “genre” sert à évoquer
les rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et
les attributs qu'une société considère comme appropriés pour les hommes et les
femmes45. » L'UNESCO place l'égalité de genre parmi ses
priorités globales, la considérant comme « une condition essentielle
permettant aux femmes et aux hommes de bénéficier pleinement de leurs droits
humains46. »

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